«Au début, je n’avais pas tous ces espoirs»
Du haut de ses presque 20 ans, désormais non-voyant, Lucien Staub aménage son avenir avec les conseils précieux des spécialistes de la consultation Jura-Berne romande de la fsa.
Source de l'image: Eve Kohler
À peine franchi le seuil des bureaux du service de consultation (SDC), Lucien est accueilli chaleureusement par les divers-e-s spécialistes de la fsa présent-e-s à cette heure. C’est un peu leur «chouchou» tant son enthousiasme et ses envies font plaisir à voir.
La vie devant soi
Auprès du SDC, Lucien trouve du soutien pour tous ses projets, tant au niveau du service social, de l’orientation et mobilité (O&M), du job coaching et des activités de la vie journalière (AVJ). Car à 20 ans, on a la vie devant soi et chaque collaboratrice et collaborateur fsa a à coeur de contribuer à la meilleure inclusion possible de Lucien dans la société. L’activité du jour est de mémoriser les chemins d’accès vers ses zones d’intérêt présentes et à venir. Ce matin, c’est le magasin Amplifon à 150 mètres de la gare. Auparavant, Lucien devait compter sur l’aide de ses parents. Sylvie Burki, son instructrice en locomotion, l’attend à la descente du train. Elle a déjà repéré un trajet alternatif, car le trajet que Lucien a mémorisé la dernière fois est désormais impraticable, un container de chantier obstruant le passage. 150 mètres en diagonale est visuellement simple pour une personne voyante. Lucien en revanche devra contourner les terrasses, éviter les étals et la tenture solaire des magasins, ne pas frôler le panneau de cyclotourisme pour rejoindre le rond-point routier, fort bruyant à cette heure. Sans ligne de guidage au sol, ses oreilles vont s’avérer cruciales
pour traverser et rejoindre les barrières en demilune qui protègent les piétons. Le magasin est encore à 40 mètres de là. Sylvie de confier: «Il m’impressionne car, s’il a appris le chemin dans un sens, Lucien est tout de suite capable de le reproduire dans l’autre sens.» Lucien a soif d’apprendre et d’autres parcours, d’autres bus l’attendent avec Sylvie pour rejoindre les lieux qui concrétisent ses nouvelles envies.
Motivation retrouvée
Aujourd’hui à Reconvilier, Lucien a grandi dans le canton de Vaud, à Ballaigues où il est allé à l’école du village avant de rejoindre le Centre pédagogique pour handicapés de la vue à Lausanne. Actuellement, il ne perçoit plus que des ombres ou de la lumière. Quand on lui
demande s’il est aveugle, il insiste: «Non, je suis nonvoyant.» En 2014, quand sa mauvaise vue a drastiquement baissé, la vie de Lucien a été un enfer pour lui et aussi pour son entourage. En 2019, sa famille rachète la maison de son arrière-grand-père et c’est le temps du renouveau pour Lucien. «Je remercie la vie de m’avoir amené à Reconvilier, les jeunes de Ballaigues me menaient la vie dure.» Avec son papa, il se découvre une
passion pour le bricolage et s’investit dans le chantier familial. Lucien connaît et maîtrise la plupart des outils. Aujourd’hui apaisé, il a retrouvé une vraie joie de vivre et communique cette motivation gagnante qui le fait avancer: «Même si on ne voit pas, on peut faire plein de trucs. Il suffit juste de trouver l’adaptation adéquate.»
Source de l'image: Eve Kohler
Une passion peu ordinaire
Les projets de Lucien s’orientent dans les univers de l’armée, des stages commando et de la police. Depuis qu’il a ce projet, Lucien est transformé. Un incroyable hasard l’a même mis sur les pistes de ski avec les OJ du Groupement romand de skieurs aveugles et malvoyants. Alors que ce sport est d’un intérêt relatif pour Lucien, il se trouve que lors d’un camp, un des guides est un lieutenant-colonel retraité. Ce dernier l’accompagne dans ses projets, notamment la mise en place d’un stage commando avec ses copains. Et Lucien de se rappeler: «Au début, quand je n’avais pas perdu toute ma vue, je n’avais pas tous ces espoirs là. J’étais au fond du trou et plutôt mélancolique. Ce qui m’a aidé c’est la passion de l’armée. J’admire le courage de ces groupes en uniforme qui vont tout faire pour le pays.» L’adage dit que le fruit ne tombe pas loin de l’arbre. Son papa est un passionné de la grande histoire et collectionne des objets de la Deuxième Guerre mondiale, alors que la maman est éprise de justice. Les parents veillent sur Lucien et ses quatre autres frères et soeurs. Son papa sait combien Lucien apprécie les virées, en passager moto du chopper ou sur tous les véhicules de la Deuxième Guerre mondiale.
Un avenir qui prend forme
Lucien a fait appel au jobcoaching de la fsa pour le guider dans les démarches pour aménager son futur professionnel dans le premier marché de
l’emploi. Il profite de toutes les opportunités de stages pour montrer son potentiel et ses compétences, comme à Caritas Jura, et de dire: «Ça fait tellement du bien d’avoir des gens qui me voient travailler et comprennent la situation.» Vu qu’une nouvelle opportunité prend forme, Lucien n’a plus à se déplacer à St-Imier pour son travail de manutention. Parallèlement, comme un David qui va affronter Goliath, notre héros ordinaire retrouve Sylvie pour mémoriser un nouveau parcours vers la salle de son nouveau défi: le jiu-jitsu brésilien!
Ce texte est déjà paru dans le magazine de notre association «Clin d’oeil» 1/2026.
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