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Publié le: 18.06.2026

«Il nous faut juste plus de temps»

Passionnée de cuisine, Jolanda Gehri s’est perfectionnée dans ce domaine grâce au cours de la fsa. Et elle s’est trouvé une deuxième vocation au CFR de Berne.

Vêtue d’un t-shirt blanc parcouru de motifs floraux rouges, Jolanda Gehri est assise à sa table de cuisine. Concentrée, elle découpe un énorme poivron rouge dans le sens de la longueur qui va rejoindre ails, oignons et poivrons jaunes déjà découpés et disposés à côté d’une cuvette de couleur blanche

Source de l'image: sbv fsa

S’il y a une personne aveugle ou malvoyante qui, a priori, n’a pas besoin des cours de cuisine de la fsa, c’est bien Jolanda Gehri. Passionnée de cuisine depuis son enfance, Jolanda Gehri a 68 ans, et elle est aveugle de naissance. Aujourd’hui, elle cuisine au CFR de Berne. Fidèle membre de la fédération, elle a tout de même suivi plusieurs cours de cuisine de la fsa. «On a toujours quelque chose à apprendre. Pour moi, c’est particulièrement important en cuisine, car c’est mon hobby», ajoute-t-elle.

Le chemin de linclusion est long

Jolanda Gehri gère son quotidien de façon autonome. Elle a travaillé jusqu’à sa retraite et vit à présent dans un deux-pièces, dans un lotissement coopératif joyeusement coloré. Il lui tenait à cœur de suivre des cours de cuisine adaptés aux personnes avec un handicap visuel: «J’ai essayé des cours pour les voyants mais, en tant qu’aveugle, cela ne m’a pas apporté grand-chose. Tout allait beaucoup trop vite. Il nous faut juste plus de temps.» Jolanda a perfectionné ses talents culinaires à la fsa, où elle a également pu avoir d’intéressants échanges d’expériences. «Cet aspect des cours compte aussi pour moi. Avant, par exemple, quand je faisais des spaetzle, il y en avait toujours partout. Un participant au cours m’a recommandé une super machine à spaetzle, et depuis, je n’ai plus de problème.»

La retraitée regrette de ne pas avoir ce type d’échange plus souvent. «Dans mon quartier, les gens sont plutôt ouverts, mais j’ai parfois l’impression qu’ils ne savent pas vraiment comment se comporter avec moi. Dans le monde du travail comme dans la sphère privée, le chemin est encore long pour arriver à une société véritablement inclusive.»

Une dame d’âge respectable se penche sur son fourneau pour observer la cuisson du contenu d’une grande casserole. Jolanda Gehri se protège de la vapeur en tenant un couvercle au-dessus de la casserole.

Source de l'image: sbv fsa

Active et pas quen cuisine!

Jolanda Gehri avoue toutefois ne pas se sentir isolée. Elle a eu une vie riche et n’a manqué ni d’amour ni de contacts sociaux. Certes, elle est née aveugle. Pourquoi? Elle ne le sait toujours pas. Son frère, d’un an son cadet, et ses deux parents n’ont pas de handicap visuel. N’ayant «jamais connu autre chose», elle dit cependant avoir vécu une enfance normale. Même si elle n’est pas allée à la crèche et au jardin d’enfants, elle a fréquenté l’école pour aveugles de Zollikofen. «J’ai pu y suivre aussi des cours d’économie domestique et apprendre les bases de la cuisine. À l’époque, il n’y avait pas tous ces appareils sophistiqués. Nous avons appris à mesurer avec des cuillères et des verres spéciaux, et à tout écrire. Sinon, nous devions nous débrouiller seuls», raconte-t-elle. Sa grand-mère, dont elle est très proche, continue à soutenir sa passion pour la cuisine. «J’allais souvent en vacances chez mes grands-parents à la campagne, et ma grand-mère m’a appris de nombreuses astuces.»

Après l’école pour aveugles et une formation de standardiste, Jolanda trouve rapidement sa place dans le monde du travail. Elle œuvre d’abord pour une société de publicité télévisée, puis à la Banque Populaire, où elle fait la connaissance de son futur mari. Lui aussi est malvoyant. Ils emménagent ensemble dans le quartier animé de Breitenrain, à Berne, et ont un fils et une fille. Mais le couple se sépare quand les enfants ont respectivement sept et neuf ans. «Il s’en est suivi une période très difficile. J’ai élevé mes enfants seule et j’ai dû recommencer à travailler après avoir été femme au foyer pendant onze ans.» À ce moment-là, la fsa recherchait une standardiste. Jolanda a obtenu le poste. Et y est restée pendant 23 ans.

L’être humain au premier plan et non le handicap

Aujourd’hui retraitée, Jolanda dispose de davantage de temps pour elle et sa famille. Elle cuisine régulièrement pour ses enfants, devenus adultes, et pour son petit-fils, qui est bientôt majeur. Et elle continue à suivre des formations. Souvent frustrée par l’attitude peu inclusive de la société face à son handicap visuel, elle apprécie d’autant plus l’offre de la fsa: «On y est au milieu de personnes qui nous comprennent. Dans ces cours, ce n’est pas le handicap qui est au premier plan, mais l’être humain.» Outre la cuisine, elle a deux autres hobbies: la poterie et les voyages. Chaque année, elle participe à un ou deux voyages organisés par des agences spécialisées dans les vacances pour personnes aveugles et malvoyantes.

Mais le plus important pour elle reste la cuisine. Dès la fin de notre entretien, bien que ce soit le début de l’après-midi, Jolanda disparaît dans la cuisine. «Je dois y aller sinon je n’aurai pas assez de temps pour préparer mon dîner. Je me fais des petits plats tous les jours.» Cela peut prendre plusieurs heures. Comme avec le menu de ce soir: purée de pommes de terre, ragoût de veau et salade. «Il me faut déjà plus de temps pour éplucher les pommes de terre qu’une personne voyante. Et parfois, mais c’est rare, il reste un peu de peau sur une pomme de terre.» Elle marque une courte pause, puis dit en riant: «Mais celui qui mange chez moi doit vivre avec ça. Sinon, il peut aller au restaurant.»

Ce texte est déjà paru dans le magazine de notre association «Clin d’oeil» 2/2024.

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